samedi 4 novembre 2017

Femme à la mobylette

Jean-Luc Seigle
Éditions Flammarion
19 euros

Reine survit comme elle peut au chômage et à l'abandon de son mari, seule avec ses trois enfants dans un modeste pavillon de banlieue. L'horizon, si bouché, la pousse dans ses rêveries, chaque jour plus coupée d'une réalité sans avenir. Mais Reine trouve enfin son salut dans une mobylette bleue, échappée à la ferraille qui pollue son jardin. Grâce à l’engin, elle trouve du travail. Et un homme qu’elle aime sur l’aire de repos de l’autoroute.
Reine a le culte des morts, du cimetière, des listes de mots et des bouts de tissu. C’est une artiste. Trop fragile dans un monde féroce où la réalité ne pourra que la rattraper…

Jean-Luc Seigle réactive ici un genre qu’ont magnifié Hugo et Zola, le roman populaire ; il insuffle du beau, du sentiment, du romanes­que dans ce qui pourrait n’être qu’un tragique fait divers. En deux cents pages découpées comme des tableaux d’art brut, la réalité se mêle de fantastique, de mystique dans un style sobre et pourtant poétique.

À la fin du roman, Jean-Luc Seigle nous offre un étonnant journal de voyage "A la recherche du sixième continent" qui apporte une autre dimension à ce roman en lui conférant une part autobiographique. Dans ce journal d'un séjour à New-York, Jean-Luc Seigle évoque sa visite à Ellis Island. "Le pays né de l'immigration ferme ses portes aux immigrés. L'Amérique est devenue un pays aussi replié sur lui-même que les autres". Cette situation des migrants rejoint celle des pauvres comme Reine, des laissés pour compte du monde moderne.

Fanny, lectrice experte

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