samedi 30 septembre 2017

Interview de Beatrice Alemagna

Pour la revue Citrouille, nous avons interrogé Beatrice Alemagna à propos de son album Un grand jour de rien, paru aux éditions Albin Michel Jeunesse dans la collection Trapèze. Beatrice Alemagna sera présente à la prochaine Fête du livre jeunesse de St Paul Trois Châteaux dont nous sommes partenaires (on en reparle bientôt !), et c'est elle qui réalisera l'affiche...
Voici ce qu'elle nous a dit...

CLAIRE POILROUX : Une question un peu «bateau» pour commencer : j'aimerais que vous m'en disiez plus sur la façon dont naissent vos livres. Qu'est-ce qui arrive en premier : une idée, une image, une histoire ? Quelles sont vos sources d'inspiration, en général et particulièrement pour cet album?

BEATRICE ALEMAGNA : Toujours l’histoire, ensuite quelques images qui la complètent, et puis une collaboration stricte entre mots et images qui viennent composer et compléter un tout porté par l’envie de raconter. Par la narration, tout simplement.

C'est la première fois que l'un de vos albums met en scène de façon aussi directe des objets et des occupations très contemporains, tels que l'ordinateur ou la console de jeux… Est-ce que cela répondait pour vous à une envie de transmettre un message, voire à une dénonciation de cette technologie chronophage qui nous coupe les uns des autres ? Une façon d'inciter les enfants (et les adultes tout autant !) à lever le nez de leurs écrans?

B. A. : En voyant les enfants autour de moi, presque tout le temps rivés sur leurs tablettes, j’ai vraiment senti le besoin de parler de cette incapacité à décoller des écrans. Ils me semblent un point cardinal dans la culture de nos enfants aujourd’hui, mais aussi des adultes. La réalité est-elle finalement plus intéressante que la fiction ? Et si oui, comment la redécouvrir ? Sommes-nous encore capables de passer du temps en toute solitude, sans contact avec les autres ? Sommes-nous encore aptes à apprivoiser l’ennui ? Voilà ce qui a motivé l’écriture de cette histoire. L’envie de parler d’un temps retrouvé: distendu, rêvé, solitaire et magique, en plein contact avec la nature et ses sensations.

On voit bien, en même temps, que pour les personnages de cette histoire, l'enfant et sa mère, cette façon de s'occuper, de « tuer le temps » est un moyen d'échapper à leur tristesse, liée à l'absence d'un troisième personnage qui est évoqué pudiquement à plusieurs reprises, le père. On ne sait pas pourquoi il n'est pas là, mais j'aime ce côté elliptique, le fait que tout ne soit pas explicité, cela fait appel à l'intelligence du lecteur, à son interprétation.

B. A. : C’est ce que j’espère toujours. Dans mes livres, le lecteur a pleine liberté. Il peut décider que le papa soit mort ou juste resté à la maison pour travailler. Il peut recolorer de son imagination certaines pages, certains détails que je laisse incomplets, de manière volontaire.

Un des enjeux de cet album me semble être la question du temps, le temps qui pèse, qui s'étire, qu'il faut remplir, et puis le temps suspendu de la contemplation, d'une nouvelle présence au monde. Le texte est entièrement écrit à l'imparfait et au passé simple : cela est inhabituel pour un album et donne une tonalité très littéraire. Est-ce que cela s'est imposé d'emblée dans votre travail d'écriture de ce texte ?

B. A. : Oui, le temps au passé simple m’a paru fondamental car le voyage intérieur que fait cet enfant l’emmène ailleurs, et à la fin de l’histoire le gamin est loin de ce qu’il raconte. Comme s’il avait muté, après ce petit voyage dans la pluie et dans la forêt.

Ce qui me paraît faire le lien entre vos albums, si différents soient-ils les uns des autres, c'est la bienveillance et l'empathie dont vous faites preuve envers vos personnages, respectés dans leur singularité et dans leur difficulté à vivre, parfois. Vous avez un vrai talent pour vous mettre à hauteur d'enfant notamment. Écrire des albums, c'est rester connecté à l'enfance ?

B. A. : C’est sûrement essayer de le faire. C’est raconter avec une partie de nous plus enfouie, plus lointaine. La faire vivre et ne jamais essayer de banaliser ses propos, de ne jamais les rétrécir à la taille d’enfant.

Du point de vue formel : l'album est imprimé en cinq couleurs, puisqu'aux quatre couleurs habituelles se rajoute un pantone orange fluo qui vient rehausser certains éléments, notamment l'imperméable du garçon, qui prend des allures de petit lutin des bois… On avait déjà cet ajout de pantone dans Le merveilleux Dodu-velu-petit paru également chez Albin Michel Jeunesse dans la collection Trapèze. Quelle est votre implication dans les questions de fabrication, est-ce que cela fait partie intégrante pour vous du processus de création, ou bien est-ce que vous considérez que cela appartient à l'éditeur ?


B. A. : Oh que non ! C’est une idée tout à fait personnelle, l’usage de ces pantones. Les mêmes fluos sont dans mes originaux et cela a bien une raison d’être. Autant dans Le Dodu le fluo ramenait à l’exception du petit être incroyable et singulier en faisant un rapprochement entre l’enfant et sa propre imagination, autant dans Le Grand jour l’orange vif illumine le héros et le transforme en une sorte de « loupiote » qui se promène. Cela sert à souligner sa différence avec l’habitat naturel mais aussi à transmettre l’idée que le petit est habité par quelque chose, comme une force intérieure. Et que cela ferait presque de la lumière.

Reprise des Racontines


mardi 26 septembre 2017

Rencontre avec Colin Niel


En partenariat avec les Cafés Littéraires de Montélimar et le Lycée Marcel Gimond (Aubenas)


Dans le cadre de la 22e édition des Cafés Littéraires, deux classes du lycée Gimond reçoivent l'auteur Colin Niel le vendredi 27 septembre à 14h30.
 La rencontre se tiendra à la librairie. Priorité est donnée aux élèves, mais il est possible d'assister à la rencontre en fonction des places disponibles.


Colin Niel est né en 1976 en région parisienne où il a grandi, avant de voyager un peu partout et de vivre loin de son béton natal, en Guyane, en Guadeloupe.

Amateur de romans noirs denses et humains, influencé par des Indridason, Lehane ou Hillerman, il commence à écrire à son retour de Guyane et donne vie au capitaine Anato et à ses enquêtes en Amazonie française.

Sa série guyanaise multiprimée - Les Hamacs de carton, Ce qui reste en forêt et Obia (éditions du Rouergue) - met en scène le personnage d’André Anato, un gendarme noir-marron à la recherche de ses origines.

En 2017 il publie, toujours aux éditions du Rouergue, Seules les bêtes, un roman qui ne fait pas partie de la série guyanaise, récit choral saisissant dans une campagne où le monde n’arrive que par rêves interposés. Sur le Causse, cette immense île plate où tiennent quelques naufragés, il y a bien des endroits où dissimuler une femme, vivante ou morte, et plus d’une misère dans le cœur des hommes.

Gratuit.

Sur inscription par téléphone (04 75 93 63 89) ou par mail à tiers-temps@wanadoo.fr